Un an après, la nouvelle république peine à répondre aux aspirations citoyennes

Le 4 mai 2018, le président de la République du Tchad, Idriss Deby Itno, avait promulgué une nouvelle constitution qui remettra en 2021, à zéro, son record national de mandats présidentiels. Soit 31 ans au pouvoir à la présidentielle à venir. La quatrième république s’est aussi débarrassée du poste de premier ministre ; et augmente l’âge minimal pour différentes élections politiques. Un an après le passage à la nouvelle république, les Tchadiens sont peu convaincus des bienfaits de ce changement qui était pour les autorités un tournant historique.

Un forum en effet « exclusif »

D’abord, l’opposition politique était dès au départ était contre les contours du fameux forum national inclusif. Il fallait une rencontre hors du Tchad, à laquelle sont conviés tous les acteurs, y compris des mouvements politico-militaires. Mais le régime de N’Djamena a pesé de tout son poids afin qu’un forum national inclusif ait lieu sur place, duquel sont issues des résolutions taillées sur-mesure. Idriss Deby Itno qui dirige le Tchad d’une main de fer depuis 1990, pourrait désormais, si telle est aussi la volonté divine, garantir son fauteuil présidentiel “dûment” acquis jusqu’à l’an 2033, et préparer son dauphin, notamment pour éviter les guerres inter-familiales de succession après son rappel éternel. La nouvelle constitution remet à zéro ses années au pouvoir et l’autorise à se présenter pour deux nouveaux mandats de 6 ans, non-renouvelables la troisième fois… en tout cas pour le moment.

Paradoxalement, par contre, les jeunes tchadiens sont systématiquement écartés de la vie politique. Il faut désormais, avoir 30 ans pour être leader d’une formation politique, et 45 ans pour battre campagne présidentielle. Quant aux législatives, aucun candidat ayant moins de 25 ans, et non-affilié à un parti politique ne peut soumettre une candidature. Pour les jeunes, ce sont des lois irresponsables et contradictoires. Les jeunes sont exclus de la vie politique et leur avenir dicté par des dinosaures qui refusent de céder après des décennies de règne dont le bilan ne séduit presqu’aucun citoyen. Mécontents, ces jeunes qui osent manifester leur ras-le-bol sont souvent jetés en prison et battus. Depuis que le Tchad s’est engagé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, et du fait qu’il est épinglé de par ses frontières par une instabilité résultante de la chute de régimes, notamment en Libye et au Soudan, les autorités de N’Djamena évoquent depuis lors “des raisons de sécurité” pour interdire quasi automatiquement les manifestations prévues par la société civile et l’opposition démocratique. 

Tout récemment, un nouveau mouvement politique en phase de mutation en parti politique, Les Transformateurs, fondé par un ex économiste de la Banque africaine de développement (BAD) l’année dernière, un jour seulement avant la promulgation de la nouvelle constitution de la quatrième république, afin de marquer son opposition catégorique à ce changement conçu à la pointure du régime actuel. Le dossier du mouvement Les Transformateurs a été rejeté par le ministère de la Sécurité publique, de l’Administration du territoire et de la Gouvernance locale. La cause, certains membres de l’exécutif aurait moins de 30 ans. Mais le président dudit mouvement voit une erreur de la part des autorités, car ces personnes qui n’ont pas atteint l’âge de 30 ans, dit-il, sont en effet des conseillers et non dirigeants du parti en construction, s’appuyant sur l’ordonnance encadrant le fonctionnement des partis politiques. Avant d’attirer, par ailleurs, l’attention des autorités sur le fait que même à la présidence, dans l’armée, et les entreprises étatiques, il se trouve des hauts cadres, proches du pouvoir, qui ont moins de 30 ans. 

Report des élections et interdiction systématique de manifester,

Un an après le passage à la quatrième république, les acteurs de la vie politique et défenseurs des droits humains déplorent le grave retard lié aux élections législatives, qui devraient pourtant avoir lieu depuis 2015. Mais évoquant une rupture des finances, le pouvoir exécutif avait décidé de proroger le mandat de l’Assemblée nationale, dominée par un groupe de parlementaires pro-régime.

Le passage à la quatrième république a aussi été marqué par une interdiction systématique de manifester, tantôt évoqué. Quasiment, toutes les demandes d’encadrement des marches pacifiques ont été rejetées par les autorités, sauf les rassemblements du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir. Avril dernier, à Mongo, dans le centre du Tchad, le congrès du chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, a été interdit pour des raisons de sécurité, tandis que quelques jours seulement plus tard, le MPS, envoie une haute délégation pour inaugurer un nouveau siège et mobiliser sa base… dans la même ville. Zene Bada, le secrétaire général du MPS, à la tête de la délégation soulignait à qui veut bien l’entendre que la province du Guera est et restera “un fief historique MPS” et dénie tout droit à l’opposition de s’organiser dans cette localité. Une affirmation qui trahit sans nul doute la décision dite sécuritaire du gouvernement.

Brutalités policières, tortures, crise sociales…

Les attaques contre les citoyens par les forces de l’ordre se sont aussi multipliées depuis l’avènement de la quatrième république, mais si historiquement, les citoyens lambdas étaient la cible de brutalité et escroquerie policière. Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos de citoyens torturés par des éléments de l’armée ou de la police ont fait surface, tandis que pour le mois en cours, au moins deux détenus sont morts de suite de tortures subies entre les mains de policiers dans les locaux des commissariats de N’Djamena.

Au début de l’année, une crise de gaz butane et carburant avait frappé les ménages, certains obligés de faire recours aux bouses de bœufs pour la cuisson. Bien que graduellement le gaz butante refait surface dans les points de vente de la capitale, la pénurie a laissé des mauvais souvenirs dans plusieurs familles qui ont dû revoir leur régime alimentaire, ne pouvant plus assurer le repas quotidien. Mais surtout, des familles déçus, qui de plus en plus n’ont plus confiance vis-à-vis du pouvoir.

La quatrième république, érigée par les hautes autorités en un symbole de renaissance, relance économique, et d’opportunités, ne semble pas être à la hauteur des attentes citoyennes, mais le dernier premier ministre qu’a connu le Tchad, depuis lors en chômage, s’est désolidariser de ses anciens collègues et dénonce la nouvelle structure qui concentre presque tous les pouvoirs exécutifs entre les mains du chef de l’État, dit président intégral.

En campagne de sensibilisation, l’ex Premier ministre, Pahimi Padacké Albert, avait prévenu une foule curieuse « ceux qui sont au pouvoir depuis 30 ans, qui n’ont jamais rien fait pour vous, ce n’est pas demain qu’ils feront quelque chose pour vous. »

NDJAMENA 24 | Fils du Tchad 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *