Tchad, une administration dysfonctionnelle [La Tribune]

Il n’aura pas de législatives au Tchad cette année. Régulièrement annoncées puis reportées, les élections qui devraient avoir lieu fin 2019, sont repoussées pour la énième fois au “premier trimestre 2020” apprend-on ce jeudi 3 octobre par la voix du président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Pourtant, le chef de l’Etat, Idriss Deby Itno, garant des droits fondamentaux, avait promis de les tenir cette année. Cela, tristement, n’est pas le seul mensonge de Deby. Quand même, beaucoup, épris de l’idée de démocratie et de réconciliation politique dans l’intégrité absolue, avaient cru que cette fois, peut être que Deby serait un homme de parole. 

Hélas, le président intégral roulait tous dans la farine, sachant qu’il est presqu’impossible d’organiser des élections nationales, autant cruciales pour le bon fonctionnement de la démocratie en moins de six mois, alors que rien n’était prêt. L’on aurait dû savoir que son beau discours en présence de son homologue français Emmanuel Macron, le 23 décembre 2018, à l’occasion duquel les législatives avaient été annoncées pour le mois de mai 2019, n’était en réalité que du folklore politique. De la poudre aux yeux, de ses concitoyens, pour les quels, ses mensonges, performance médiocre et leadership égoïste, attestent l’indifférence totale vis-à-vis de ses devoirs de dirigeant. 

« J’ai été très sensible à l’engagement du président Deby d’organiser pour mai prochain des élections législatives et municipales. Et je souhaite que l’Union européenne soit aux côtés du Tchad pour ces échéances. La France le sera, à la fois pour aider à organiser, pour aider au financement » avait pourtant annoncé Emmanuel Macron en direct, à quelques pas de son hôte farceur. Faut-il encore croire les paroles politiques de Deby ou encore Macron ?

Que la raison de cet énième décalage des législatives et municipales soit sécuritaire ou financier, une administration véritablement républicaine est censée incarnée les aspirations légitimes du peuple dont elle sert, et non dans son dysfonctionnement notoire, traîner ce peuple vulnérable et exploité systématique dans une extrême misère et violé constamment dans ses droits, mêmes les plus basiques. Entre temps, cette administration récalcitrante, dans ses manœuvres obscurs et manipulations des lois, s’en sert de moyens et fonds publics pour entretenir la vie luxueuse et débordements de ses membres serviteurs. 

Cette administration dysfonctionnelle maintient depuis son arrivée au pouvoir sa mainmise sur l’ensemble des institutions étatiques. Elle contrôle l’appareil sécuritaire, le parlement, le trésor public, la diplomatie et utilise tout en sa faveur et pour sa survie d’abord, importe peu les conséquences néfastes sur le quotidien des citoyens ordinaires, la génération à venir. L’Assemblée nationale, devenue un pion dans ce jeu politique de gouvernance présidentialiste, n’existe d’ailleurs que de nom.

Une Assemblée nationale dormante; où siègent les mêmes « élus » depuis 2011; une assemblée représentative des intérêts politiques mafieux plutôt que républicains, qu’elle soit donc renouvelée ou pas n’apportera grand chose à l’édification d’un Tchad meilleur pour tous. À moins que ce renouvellement engage aussi la racine de ce dysfonctionnement destructive, car l’histoire nous rappelle que le dysfonctionnement entraîne tôt ou tard à la disparition.

Fils du Tchad

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