Édito : covid-19, une opportunité pour oser inventer l’avenir du Tchad autrement

Le monde entier entame le second semestre de l’an 2020 sous le joug austère de la pandémie de Coronavirus, qui n’a causé que peine et consternation depuis son apparition à Wuhan en Chine, en décembre 2019. Fort heureusement, si bien que mal, la planète tente d’éradiquer ce virus, ou du moins à mitiger les impacts négatifs de celui-ci, en adoptant un nouveau paradigme de vie bien adapté au contexte sanitaire. A l’horizon se dessine presque l’ère post-Covid-19. Ou du moins, c’est ce que nous espérons. Eprouvés, qu’est-ce que nos dirigeants ont retenu comme leçon de cette rude et imprévisible épreuve ?

D’abord, faisons une rétrospective lorsque le virus atteignait son pic : 

Primo, prises de panique, les populations sont brutalisées par les forces de l’ordre qui n’ont eu que mépris et sadisme à leur égard, exerçant sur elles une violence inouïe. Pour cause, le non-respect du port de masque. La peur de choper la maladie était moins considérable que celle d’être exposé à la vindicte militaire. Celle-ci était plus virulente que le virus lui-même. Que dire ? Quand on est très mal payé, mal nourris et frustré, on tend à développer un comportement subversif et récalcitrant quand on a un peu de pouvoir.

Secundo, une année scolaire qui finit en queue de poisson, avec un scénario clair comme du jus de boudin. Le télé-enseignement et les cours en ligne étaient déjà des projets ratés à la base, pour un pays où seulement 5% de la population globale a accès à Internet et à l’électricité, sans parler des coupures intempestives à outrance.

Tertio, l’impuissance des autorités en charge de la riposte a atteint son apogée. La preuve, la cellule de veille a été dissolue. Au centre de Farcha, le spectacle était tout bonnement ridicule. Des appareils de soin en panne, manque de respirateurs, débordement dans les salles de soins, certains malades, porteurs du virus sont sommés de rentrer chez eux.

Au vu de ces observations, sur une échelle de 0 à 20, combien donneriez-vous aux autorités pour la gestion de la crise sanitaire ?  Pour notre part, malgré les efforts consentis, rien ne prédisposait l’Etat tchadien à un tel affront. Le dispositif sanitaire est obsolète et inefficace. L’on se souviendra toujours de cette fameuse question du journaliste Alain Fauka posée au Maréchal du Tchad lors d’une interview : « est-ce que vous vous soignez dans ces hôpitaux(les hôpitaux que le président affirme avoir construis) ? ». Une question qui a été royalement ignorée.

La question de la santé publique est très souvent négligée ou mise aux oubliettes au détriment de certains secteurs à l’instar de la sécurité qui coute très chère à l’Etat. Les autorités devraient revoir les lignes budgétaires et accorder de l’importance, un tant soit peu, à la santé en y investissant convenablement. À titre d’exemple, la création d’un centre de recherches épidémiologiques et de fabrication de vaccins pour la prévoyance et la prévention des éventuelles attaques sanitaires serait une noble initiative.

Aussi, une impétueuse nécessité de recadrage des forces de défense et de sécurité s’impose. Car celles-ci se démarquent sur le terrain par l’arbitraire et l’incivisme. En temps de crise, elles sont censées rassurer la population, non pas de les inquiéter davantage.

Enfin, si l’expérience du télé-enseignement et des cours online fut un cuisant fiasco, c’est parce que certains facteurs sine qua non n’ont pas été pris en compte, notamment les coupures répétitives, la cherté de l’électricité et de la connexion Internet qui n’encouragent pas certaines couches sociales à les adopter dans leur mode de vie. Le gouvernement devrait revoir à la baisse ces éléments qui favorisent l’émancipation de la population. 

Pour l’heure, l’on sait que le Maréchal du Tchad n’a d’yeux que pour les échéances électorales prochaines. Mais il devrait aussi prendre le temps d’évaluer la conjoncture sanitaire et de redéfinir certaines priorités.

Barka Bouba

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